Victor, Émile, Georges, Fernand, et les autres…
(note de lecture parue dans Gavroche n° 154, avril 2008)  | Regards sur le syndicalisme révolutionnaire s.d. Michel Pigenet et Pierre Robin Éditions d’Albret, 2007, 335 p., 18 €
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Les actes du colloque de Nérac consacré, en novembre 2006, à la charte d’Amiens, ont été publiés aux éditions d’Albret. Nérac, comme la ville où Victor Griffuelhes, fils de cordonnier et ouvrier cordonnier lui-même, vécut jusqu’à son adolescence. À la différence des autres colloques organisés par des syndicats (CNT, CGT et FO) dans un cadre militant en plus ou moins bonne forme, celui-ci porte la marque d’un discours universitaire.
Docteurs d’État, doctorants, professeurs d’histoire, maîtres de conférence signent tour à tour des articles plutôt fouillés et parfaitement bien documentés, un peu à la manière d’anthropologues étudiant une civilisation à jamais disparue. Ils s’efforcent de nous livrer les traits caractéristiques d’un engagement politique propre à la Belle Époque. Leur ambition est d’aider le lecteur à en saisir le substrat politique et ses déclinaisons, stratégiques, organisationnelles, tactiques et opérationnelles. Et, ce faisant, l’objet de leur étude se dévoile.
Les intervenants révèlent les arcanes des actions décrites et commentées avec érudition. On notera en particulier une contribution de Jean Maitron, éditée en 1986, que Claude Pennetier présenta. Elle offre une promenade dans une galerie de portraits, tous plus vivants et attachants les uns que les autres. Les hommes d’Amiens – intitulé de l’article – gagnent en effet à être connus, surtout quand Jean Maitron s’en fait le peintre. Les conférenciers explorent le contexte politique et syndical de l’époque. Leur étude dépasse largement le cadre de la charte d’Amiens. Elle tente de nous dresser un état des lieux des courants socialistes révolutionnaires qui jouèrent un rôle important dans le processus aboutissant à la déclaration historique. David Hamelin, en particulier, nous livre un article des plus intéressant sur les « allemanistes » du PSOR. C’est l’occasion, comme le rappelle l’auteur, de prendre nos distances avec les déformations opérées par le courant marxiste qui, sous l’influence d’une vision léniniste, « caricature ou grossit le trait afin de montrer une CGT insurrectionnelle et tend à la délégitimer ». Mais aussi de remettre à leur juste place ceux qui survalorisent l’influence des libertaires dans le syndicalisme révolutionnaire. Cet ouvrage d’un grand intérêt engendre toutefois un malaise dû pour l’essentiel à la distance qu’il exprime, bien malgré lui, entre l’objet de son étude et la parole qui la porte, parole instituée dans un ordre du discours étranger à l’esprit des chartistes. Signe des temps sans doute.
Jean-Luc DEBRY
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