Émile Henry (note de lecture parue dans Gavroche n° 154, avril 2008)  | De la propagande par le fait au terrorisme anarchiste de Walter Badier Éditions libertaires, 2007, 226 p., 15 €
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Émile Henry (1872-1894) est un personnage emblématique du romantisme révolutionnaire et de l’impasse tragique dans laquelle était engagé le mouvement anarchiste en cette fin siècle. L’enfant de communard, jeune homme « bien élevé », produit d’une éducation bourgeoise, promis à un bel avenir, s’engage de façon désespérée et, pourrait-on dire, suicidaire dans la propagande par le fait.
C’est dans un contexte politique particulièrement tendu que le jeune homme réagit à sa façon aux événements de Carmaux en août 1892. Le licenciement du mineur Jean-Baptiste Calvignac, leader syndical et socialiste, maire de Carmaux, a provoqué la colère des ouvriers des mines qui affrontent la troupe. Émile Henry, en soutien, dépose un engin explosif à la Société des mines de Carmaux, à Paris, le 8 novembre 1892. Par un absurde concours de circonstances, celui-ci explose dans le commissariat de la rue des Bons-Enfants, faisant 5 morts. Les mineurs désavouent son geste. Mais, alors que la répression bat son plein, le 12 février 1894, Émile Henry dépose une autre bombe au milieu du café Terminus qui fait, quant à elle, 2 morts.
« J’ai frappé dans le tas sans choisir mes victimes » déclare-t-il lors de son procès. On est donc passé de la propagande par le fait (formule de Paul Brousse) à un attentat aveugle contre ceux qui refusent de se révolter, de l’action directe au terrorisme en somme. Condamné à mort après un procès qu’il utilise comme une tribune, il est exécuté le 21 mai 1894. La dignité de son attitude face à ses juges et surtout face à la mort participera de sa légende et il deviendra une figure emblématique de la radicalité assumée.
Le mérite de l’auteur, Walter Badier, est de mettre tout cela en perspective avec beaucoup de clarté. « Cet acte de révolte individuelle ne peut être compris, nous explique-t-il, que si on l’envisage dans sa relation avec les crises que traversaient alors l’anarchisme et la société française ». Le mouvement, autant victime de la répression que de ses contradictions, ne s’en remit jamais vraiment. Des débats assez vifs opposèrent ses membres et les partisans de l’action syndicale ouvrirent une nouvelle page de l’histoire de l’action révolutionnaire. Il n’est sans doute pas vain, par les temps qui courent, de revenir sur ces événements et leurs implications.
Jean-Luc DEBRY
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