Heures ouvrables et carnet de doute
(note de lecture parue dans Gavroche n° 154, avril 2008)  | Chronique de Raoul Sangla L’Harmattan/INA, collection Mémoires de télévision, 2008, 252 p., 24 €
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L’auteur est un de ces (rares) réalisateurs de télévision turbulents qui eurent le souci de bousculer au début des années 1960 l’académisme « frileux » dans lequel l’art télévisuel commençait déjà à se figer. Avec une conviction enthousiaste intacte, Raoul Sangla raconte trois décennies d’un parcours professionnel qui n’excluait pas la provocation.
Au mépris des habitudes formelles, ses audaces étaient conduites par le souci de rapprocher la démarche culturelle des programmateurs, certes honorable, d’une audience souvent éloignée de l’ambition élitiste des premiers téléastes. Le service public, à l’époque, acceptait l’originalité sans laquelle n’aurait pas été possible cette créativité au service de tous ceux qui n’ont pas habituellement accès aux ressources des lieux de culture. Les caméras de Raoul Sangla s’installaient en direct dans la quotidienneté, au moyen de longs plans non-interrompus (plans-séquences) qui assuraient la continuité spatio-temporelle du direct en associant les images des coulisses des studios, voire celles de la rue, afin de saisir « la socialité au vif, matériau fondateur de la télévision » (selon le réalisateur). L’art vivant que constitue la télévision, ce moyen de diffusion instantané et d’usage quotidien, s’adressait alors à des citoyens appréciés individuellement comme tels, non comme anonymes au sein de masses indifférenciées de consommateurs.
Pour évoquer le parcours de Raoul Sangla, on rappellera seulement sa participation à Discorama, à Bienvenue chez Guy Béart, à Permis la nuit, sa lecture télévisuelle de La passion ou encore, dans le domaine de l’actualité, Journal d’en France, une émission d’actualité interactive à la mi-journée, et on renvoie le lecteur à la liste de ses réalisations, en fin de volume.
Évoquer ces années créatives n’est pas exprimer une nostalgie, mais préserver la mémoire d’une ambition soucieuse de créativité et attentive à l’intelligence des autres. Il faudra bien en redécouvrir le modèle. Jean-Jacques LEDOS
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