Le Curé Meslier
(note de lecture parue dans Gavroche n° 155, juillet 2008)
Athée, communiste et révolutionnaire sous Louis XIV de Maurice Dommanget CODA, 2008, 420 p., 39 € |
En rééditant le livre publié en 1965 que Maurice Dommanget consacra au curé Meslier, les éditions Coda nous font une bien belle surprise. Mais disons-le tout de suite, cette heureuse initiative est gâchée par le prix. Il est largement dissuasif et laisse perplexe. Cette publication aurait sans doute mérité de figurer dans leur collection de poche, comme c’est le cas pour les textes de D’Holbach. À cette réserve près, une fois la colère calmée, il y a de quoi s’émerveiller à sa lecture. Michel Onfray avait, en 2005, remis au goût du jour et attiré l’attention du lecteur sur ce curieux personnage, curé le jour et écrivain révolutionnaire la nuit.
Jean Meslier (1664-1729), curé d’Étrepigny, en Champagne, assume, sa vie durant, sa charge avec une extraordinaire régularité et dans le respect de la liturgie. Mais dans l’intimité, notre homme rédige une œuvre qui fascina Voltaire et D’Holbach. Ses textes furent publiés après sa mort. Son athéisme, la radicalité de sa critique sociale, ses convictions communistes, sont d’autant plus remarquables qu’il s’exprime en précurseur des lumières, de Babeuf, et dans un contexte historique où rien ni personne ne le prédispose à porter si loin la remise en cause d’un ordre social alors considéré comme éternel, de droit divin et donné comme incontestable par tout un appareil idéologique et théologique au fait de sa puissance. Sur le plan politique, il prône un communisme libertaire et agraire. Par ailleurs, sur les plans scientifique et philosophique, il développe une théorie matérialiste. Il soutient en effet que la matière est de l’énergie, et l’énergie de la matière. Ce qui, considéré avec le recul, est absolument révolutionnaire et anticipe sur des découvertes récentes. Le texte vaut donc le détour, largement.
Jean-Luc DEBRY |