Journal du siège de Paris
(note de lecture parue dans Gavroche n° 155, juillet 2008)  | de Jacques-Henry Paradis Texto, 2008, 390 p., 10 € |
En histoire, les témoignages représentent souvent une transcription émouvante des événements historiques. Avec la réédition du Journal du siège de Paris, dont la précédente publication date de… 1872, les éditions Tallandier offrent au lecteur curieux une passionnante matière. L’auteur, Jacques-Henry Paradis, probablement agent de change, donne une relation quasi quotidienne de ce siège terrible qui se déroule de septembre 1870 au mois de janvier 1871. L’intérêt de l’ouvrage est multiple. Il représente une source inestimable à propos de la vie quotidienne dans un Paris entouré de soldats prussiens.
Le lecteur se passionnera pour les rapports militaires, les détails concernant la fortification de Paris ou l’organisation des forces armées. Il s’intéressera aux décrets du gouvernement de Défense nationale, de Trochu, de Jules Favre ou de Jules Ferry. Il s’émouvra de la rapidité avec laquelle les stocks de vivres baissent et des nouvelles modes alimentaires qui en découlent. En date du 13 novembre, par exemple, l’auteur évoque l’ouverture de boucheries spécialisées dans la viande de chien, de chat et de rat. Le froid polaire règne dans la ville et la difficulté à trouver des combustibles se fait de plus en plus grande, au point que l’on coupe les arbres centenaires des bois de Boulogne et de Vincennes. Le nombre de décès augmente de semaines en semaines…
Mais le livre traduit surtout un climat politique qui annonce l’insurrection du 18 mars. Bon bourgeois, « républicain » à la Trochu, Jacques-Henry Paradis peste régulièrement contre le « parti exagéré », contre les « extrémistes », les « Prussiens de l’intérieur », ces hommes en arme qui, derrière Flourens, réclament la proclamation de la Commune face à un gouvernement qui refuse d’organiser les élections municipales. Des manifestations se produisent sur la place de l’Hôtel-de-Ville, notamment le 31 octobre 1870 où le gouvernement est renversé pour quelques heures…
Une partie de la population reproche à Trochu sa mollesse vis-à-vis de la Prusse. On réclame des engagements militaires. Des républicains radicaux, dans certaines municipalités, prennent des mesures qui effraient notre homme de l’ordre : dans le XIe arrondissement, on a fait arracher les crucifix dans les écoles. En décembre, le XIVe vote la séparation de l’Église et de l’État et la suppression de l’enseignement congréganiste. Des clubs de femmes s’ouvrent, au grand dam de Jacques-Henry Paradis.
Compte rendu passionnant d’un siège terrible, cet ouvrage de 390 pages au prix de 10 euros et d’une lecture très agréable représente un document indispensable pour qui veut comprendre ces années tragiques qui ont vu éclater la première révolution ouvrière de l’histoire.
Guillaume DOIZY |