Pierre de Coubertin, le seigneur des anneaux (note de lecture parue dans Gavroche n° 155, juillet 2008)  | Aux fondements de l’olympisme de Jean-Marie Brohm Homnisphères, 2008, 142 p., 12 € |
La critique du sport porte avant tout sur la nature fondamentalement idéologique d’une pratique sociale qui s’évertue à apparaître comme une activité « apolitique par essence ». Jean-Marie Brohm, à travers cet ouvrage, revient aux sources et enrichit cette démarche courageuse et minoritaire, qu’il poursuit depuis de nombreuses années, de lecture des textes de Pierre de Coubertin. Ce qui, surtout à la vieille des Jeux Olympiques de Pékin, présente bien évidemment un intérêt historique qui éclaire l’actualité. L’auteur nous rappelle en passant qu’en 1935, une brochure du Comité Olympique américain dénonçait certains Juifs qui utilisaient les Jeux de Berlin (1936) « comme une arme dans leur boycott contre les nazis ».
L’œuvre de Pierre de Coubertin (conférences, articles, déclarations, ouvrages divers), qui aujourd’hui encore tient lieu d’évangile, court sur près de cinquante ans de 1885 à 1937 et s’inscrit dans un contexte politique marqué par la lutte à mort que livra l’ordre bourgeois contre la poussée révolutionnaire qui devait s’éteindre avec l’échec de la révolution espagnole. L’auteur, fin connaisseur de son sujet, nous offre une visite guidée dans une production idéologique « qui ne masque pas ses sympathies pour tous les régimes d’ordre, le nationalisme, le militarisme et surtout le IIIe Reich qui utilisa habilement le mysticisme fumeux de l’idée olympique pour donner un fondement philosophique à la barbarie national-socialiste ». Pierre de Coubertin vénère et célèbre la virilité, vante les bienfaits de la concurrence guerrière des hommes entre eux et structure une vision du sport propre à la société bourgeoise de son temps.
Il est aussi utile, comme le fait l’auteur, de souligner que le sport, ses codes, son usage et le discours qui va avec, sont, quoi qu’on en dise, une émanation d’une vision de l’homme dans sa relation au monde qui l’entoure, et d’autre part se font fort de le préparer à être un travailleur et un soldat obéissant, soumis et docile qui souffre en silence, et « dans la joie ». « Le mouvement sportif a servi à légitimer la domination de la classe bourgeoise, à inculquer aux classes subalternes le sens de l’ordre, de la hiérarchie, de la soumission au système politique établi… » précise Jean-Marie Brohm. L’idée de Pierre de Coubertin est de créer un immense « patronage à l’échelle planétaire ». « Le patronage est plus qu’une vertu, c’est un devoir » insiste le seigneur des anneaux en 1887.
Et en commençant par une citation de Nicolas Sarkozy le 30 mai 2006 à la convention de l’UMP, Jean-Marie Brohm replace le fameux « citus, altius, fortius » dans une perspective qui fleure bon les valeurs profondément réactionnaires propres à la contre-réforme en cours.
Jean-Luc DEBRY |