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La revue « Idées » 1941-1944

(note de lecture parue dans Gavroche n° 156, octobre 2008)
La revue Idées

Des non-conformistes en Révolution nationale
d’Antonin Guyader
L’Harmattan,
coll. Logiques historiques,
2006, 358 p., 31 €


La catastrophe capitaliste connue comme « crise de 1929 » a suscité au cours de la décennie suivante diverses réflexions conduites dans des groupes sociaux et politiques différents, des anciens élèves de l’École polytechnique (« X-crise ») à la CGT, en passant par les chrétiens sociaux, Henri de Man en Belgique, Esprit en France, voire des indépendants réunis autour de l’écrivain Jules Romains (« Plan du 9 juillet 1934 ») (1). La réforme du laisser-faire capitaliste était au centre des réflexions. L’organisation de l’économie constituait, avec des nuances, la solution. Certains ont pu y voir l’annonce d’une technocratie dont l’installation dans les allées du pouvoir a lieu au sein du gouvernement de Vichy (2). On lui doit, en 1942, l’élaboration d’un « Plan décennal de l’économie nationale ».

Une revue – Idées – avait pour objectif de fournir un corpus théorique aux acteurs de la Révolution nationale. Révolution ou rupture ? La révolution n’est le plus souvent qu’un sursaut spontané provoqué par une étincelle dans un milieu explosif. Il est condamné d’avance par son impréparation. La rupture est une volonté élaborée de changement qui doit abolir un système contesté par une minorité agissante. Sa réussite est limitée par les fausses promesses qu’elle ne peut tenir et les intérêts individuels qu’elle ne satisfait pas suffisamment.

À Vichy en 1940, il s’agissait « d’opérer un bouleversement tel que la France n’en avait pas connu dans son histoire depuis 1870, voire depuis 1789… » écrivait Robert Paxton dans La France de Vichy, 1940-1944 (3). Des intellectuels, écrivains, essayistes, artistes, voire militants d’une droite entretenue depuis l’échec, en 1875, du retour à la monarchie qui a donné naissance à la IIIe République, collaboreront à Idées. On y retrouve la diversité d’opinions qui avait animé les groupes de réflexion de la décennie précédente. Certaines influences apparaissent, le socialisme non démocratique de Georges Sorel ou le nationalisme à ambition sociale de Maurice Barrès.

Bien que marquée à droite, la revue Idées réfute certes le marxisme athée, le scientisme et le matérialisme, mais elle dénonce aussi un capitalisme déshumanisant par l’individualisme qu’il engendre. La droite autoritaire apparaît lorsqu’il s’agit de livrer un programme de restauration fondé sur l’ordre, la liberté, l’effort et la hiérarchie et qui recommande l’intervention de l’État dans le domaine de l’économie. Autant de principes d’action politique que la suite de l’histoire a développés.

Forte d’un pouvoir qui se croyait assuré de la durée, cette droite avait lancé, en 1942, un projet de « Plan décennal de l’économie nationale ». C’était une première en France. Elle sera entretenue dans le cadre d’un Commissariat au plan créé en 1946 par le général de Gaulle, qui en rappelait deux décennies plus tard « l’ardente obligation ». On ne doit pas oublier ce que la réussite des fameuses “Trente glorieuses” doit à une organisation de l’économie nationale que le néolibéralisme a oubliée en restaurant la prééminence du marché, avec le succès que l’on sait.

Jean-Jacques LEDOS

1. Jean-Louis Loubet del Bayle, Les non-conformistes des années 30, Le Seuil, 1969.
2. Philippe Bauchard, Les technocrates et le pouvoir : X-crise, synarchie, CGT, clubs, 1931-1960, Arthaud, 1966. Richard F. Kuisel, Le capitalisme et l’État en France, Gallimard, 1984.
3. Le Seuil, 1973.
 
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