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Mouvement ibérique de libération

(note de lecture parue dans Gavroche n° 156, octobre 2008)
Mouvement ibérique de libération

Mémoires de rebelles
de Jean-Claude Duhourcq,
Antoine Madrigal
Éditions du CRAS, Toulouse,
2007, 382 p., 24 €


Le 2 mars 1974, Salvador Puig Antich est assassiné dans des conditions atroces par le régime franquiste agonisant. Heinz Chez, de son vrai nom Georg Michael Welzel, connaît le même sort, quelques minutes plus tôt. Il avait fui la dictature de l’Allemagne de l’Est pour être exécuté par une autre dictature. Le 27 septembre 1975, José Luis Sanchez Bravo Sollas, Humberto Francisco Baena Alonso, Ramon Garcia Sanz, membres du FRAP (Front révolutionnaire antifasciste et patriote), Angel Otaegui Etxeberria et Juan Paredes Manot, membres de l’ETA, sont fusillés. Le 20 novembre de la même année, Franco meurt, enfin. Le 22 novembre, Juan Carlos prête serment devant les Cortez. En avril 1976, le militant révolutionnaire Oriol Solé est abattu sommairement par la garde civile après une tentative d’évasion spectaculaire qui échoua sur une route pluvieuse près de la frontière franco-espagnole. Trois balles tirées à moins de deux mètres, dira l’autopsie. La nouvelle constitution espagnole est votée en décembre 1978. Une page de l’histoire est tournée. Commence l’oubli, l’amnésie.

Qui se souvient de l’ébullition politique et sociale qui a agité l’Espagne des années soixante, qui se souvient des commissions ouvrières, de leurs grèves victorieuses ? On préfère, semble-t-il, une histoire plus conforme aux canons officiels ; une histoire bien encadrée par les poncifs de la transition démocratique ; une histoire qui fait la part belle au rôle des partis d’opposition traditionnelle. Et pourtant ! Lié à l’émergence d’un mouvement ouvrier radical à Barcelone, le MIL – Movimiento Ibérico de Liberación – fait partie aussi de cette histoire. On ne peut en faire l’économie. C’est pourquoi la lecture du livre intitulé Mouvement Ibérique de Libération, Mémoires de rebelles publié aux éditions CRAS est, en soi, un acte qui participe de la volonté de ne pas oublier. Dans cet ouvrage constitué de témoignages, parfois contradictoires, souvent émouvants, toujours vivants, les auteurs, Jean-Claude Duhourcq et Antoine Madrigal, donnent la parole à ceux qui vécurent cette époque et qui, plus de vingt ans après les faits, voulurent bien raconter. Le livre repose principalement sur ces entretiens.

Aventure tragique qui courut sur un an, à peine. « Les membres du MIL ne se sont pas battus, nous expliquent-ils, au nom d’une vengeance idéologique ou pour appliquer la théorie du prolétariat et attendre que ce dernier se mette en marche, mais parce qu’ils voulaient vivre ». L’action se passe entre Barcelone et Toulouse. L’on y croise des jeunes gens animés par le désir brûlant d’aider concrètement les luttes ouvrières et de publier des textes révolutionnaires d’inspiration conseilliste. Soucieux de préserver leur autonomie, ils financent leurs activités politiques avec une série d’attaques de banques, en Catalogne. En août 1973, le groupe se dissout et dès septembre, ses membres sont arrêtés par la police franquiste.

À lire in memoriam.

Jean-Luc DEBRY
 
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