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Le linceul du vieux monde

(note de lecture parue dans Gavroche n° 156, octobre 2008)
Le linceul du vieux monde

de Sébastien Rutès
L’atinoir,
2008, 174 p., 12 €


Ce court roman débute le 12 septembre 1899 autour du « fort Chabrol » – ce siège du journal antisémite et antidreyfusard de Jules Guérin, L’Antijuif, qui donnera une expression passée à la postérité – et se termine le 31 décembre 1900 alors que quelques anarchistes s’apprêtent à faire sauter la tour Eiffel pour symboliser l’écroulement du vieux monde avec l’entrée dans le nouveau siècle. Sur fond d’actualités d’époque, on y croise les protagonistes d’une affaire de mœurs visant des jeunes femmes piquées à l’entrejambe dans les tramways. On y assiste au déchaînement d’une grande presse toujours prête à stigmatiser ceux qui menacent l’ordre établi, surtout s’ils ne sont pour rien dans les désordres incriminés. On y voit une bourgeoisie décadente qui hésite entre l’abjection pure et simple et le grand guignol ridicule, mais prête à tout pour conserver ses privilèges. On sympathise avec de vieux anarchistes revenus de tout sauf de leur idéal et l’on découvre un Oscar Wilde plus vrai que nature dans son dernier exil parisien, loin de la geôle de Reading… Une lecture tout à fait adaptée à nos temps difficiles dans un début de siècle où, comme dans la fin d’un autre évoqué par l’auteur, la qualité la plus précieuse est sans doute de conserver, malgré tout, sa fidélité à des idéaux unanimement jugés comme dépassés.
 
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