Le réseau d’évasion du groupe Ponzan
(note de lecture parue dans Gavroche n° 156, octobre 2008)  | Anarchistes dans la guerre secrète contre le franquisme et le nazisme (1936 – 1944) d’Antonio Téllez Solá Éditions Le Coquelicot, 2008, 405 p., 22 € |
Il est des destins oubliés et des mémoires occultées qu’il importe de redécouvrir, et cela réclame des efforts et beaucoup de curiosité. Fort heureusement, certaines éditions nous y aident. La révolution espagnole est riche de ces figures émouvantes et véritablement tragiques. Elles ressurgissent presque dans l’anonymat grâce à l’obstination de compagnons endossant l’habit d’historien. Elles ne sont devenues ni des mythes, ni des figures destinées à édifier les masses ou à sanctifier un parti ou une cause. Pourtant, leur vie est riche d’actions héroïques et porte la marque d’une fidélité à leurs idéaux politiques qui lui donne une dignité remarquable. De l’Aragon à la résistance, elles continuèrent leur combat, espérant pouvoir, un jour, réorganiser la résistance révolutionnaire en Espagne.
L’un des otages fusillés le 17 août 1944 à Buzet-sur-Tarn porte le nom de Francisco Ponzán Vidal. Sa photo donne un regard et une moue à tous ceux qui, victimes des amnésies, des réécritures, des falsifications et finalement de notre paresse, furent vaincus pour toujours puisque trop peu nombreux sont ceux qui se souviennent. Il naquit en 1911 à Oviedo. Dans les années trente, il rejoint la CNT, où désormais il militera jusqu’aux deux défaites, celle de la révolution et celle de la lutte contre le fascisme. Sa vie suivra donc le cours de la lutte politique des anarchistes espagnols. Pendant la guerre civile, il fit partie des commandos de renseignement de la CNT qui, sur le front d’Aragon, s’infiltraient derrière les lignes ennemies. Puis, en exil en France, pendant l’Occupation, il organisa un réseau d’évasion dont le sérieux et l’efficacité furent reconnus de tous. C’est dans ce contexte qu’il collabora avec les services secrets britanniques.
Antonio Téllez Solá nous livre un document riche, mais paradoxalement parfois elliptique, notamment au sujet du mouvement libertaire contre Ponzán. L’organisation considéra « ses propres compagnons d’exil comme des éléments indésirables et suspects », et par conséquent les diffama et les discrédita au prétexte qu’ils collaborèrent avec les forces alliées dans la guerre contre le nazisme. Luxe de détails, abondance de témoignages, iconographie, notes diverses forment un ouvrage riche, pour ne pas dire copieux, qui suppose une bonne connaissance du contexte. La lecture n’est pas toujours facile, mais le sujet est captivant.
Jean-Luc DEBRY
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