Théâtre populaire, enjeux politiques (note de lecture parue dans Gavroche n° 148, octobre 2006) 
| De jaurès à malraux de Chantal Meyer-Plantureux (sd) Préface de Pascal Ory Bruxelles Éditions Complexe col. Le Théâtre en question. 2006, 286 p., 24,90 euros
| Ce volume présente une anthologie de textes écrits, à deux exceptions près, entre les années 1880 qui voient la naissance de la mise en scène moderne et les années 1960 où l’influence du théâtre dans la vie de la société recule. Les textes qui la composent, pour la plupart ignorés, oubliés et introuvables, ont été choisis pour rendre compte du dialogue souvent houleux qui a existé entre artistes et hommes politiques autour de la notion de « théâtre populaire » en suivant un ordre chronologique qui va des précurseurs au TNP de Jean Vilar, en passant par les différentes voies du théâtre populaire, le Front populaire et l’occupation.
Dans la situation où nous sommes, ce sont sans doute les premières années qui ont le plus à nous dire. On y retrouve ainsi le projet de Théâtre du Peuple de Maurice Pottecher qu’il fonde à Bussang dans les Vosges en 1895, ou celui du théâtre prolétarien de Paul Vaillant-Couturier à la fin de la Première Guerre mondiale. Dans L’Humanité du 22 janvier 1922, Marcel Martinet juge de l’expérience du premier Théâtre National Populaire de Firmin Gémier. Tout en démontrant les limites de cette expérience théâtrale, il fait preuve d’une grande lucidité sur la nature de la société où elle se déroule : « Nous vivons, nous, dans une société d’oligarchie et de désordre, où l’oligarchie gouvernante condamnée à exister sur le mensonge démocratique ne peut comme telle avouer qu’elle est oligarchie, et où la masse gouvernée ne se résigne pas à l’esclavage, mais souvent empoisonnée elle aussi par le même mensonge, n’a dans son ensemble qu’une intuition et non la conscience claire de sa destinée de combat. » Pour l’auteur de Culture prolétarienne (1935, rééd. Agone, 2004), ce qui compte avant tout, c’est la nécessité d’une véritable culture issue du mouvement ouvrier lui-même, élaborée en toute autonomie et capable, en définitive, de sauver la civilisation elle-même de l’abîme où l’entraîne une bourgeoisie décadente. On voit que, malgré les changements d’époque et de contexte, l’exhumation de tels textes permet d’alimenter la réflexion pour qui veut continuer à lier travail culturel et changement politique. Charles JACQUIER |