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Les idées de Bakounine et la vie de Pierre Pirotte (note de lecture parue dans Gavroche n° 148, octobre 2006)
| La Commune de Paris (2 ouvrages sous jaquette enveloppante), Paris, Éditions de la CNT-RP, 23 euros ou séparément : Michel Bakounine, La Commune de Paris 102 p., 12 € Jean-Luc Debry, Pierre Pirotte ou le destin d'un communard 214 p., 16 euros
| Les éditions de la CNT proposent deux ouvrages vendus ensemble, La Commune de Paris de Michel Bakounine qui condense ses idées essentielles et Pierre Pirotte ou le destin d’un communard, un récit rédigé par son arrière-petit-fils, Jean-Luc Debry.
Dans trois conférences de mai 1871 adressées aux ouvriers de Saint-Imier, le théoricien libertaire résume et analyse plusieurs ères historiques. Au XVIe siècle, la Réforme religieuse brise la toute-puissance de l’Église et des seigneurs féodaux. Le despotisme, mieux organisé, d’un État monarchique, nobiliaire, militaire et bureaucratique lui succède. Après deux siècles, ce changement de donne entre puissants aboutit à l’émergence d’une bourgeoisie riche et instruite. Ses intérêts entrent en conflit avec ceux de la noblesse, provoquant la grande Révolution de 1789-1793, exécutée avec l’aide de la force populaire. Les principes de « Liberté, Égalité, Fraternité » se veulent universels, mais non fondés sur des bases économiques et sociales. L’émancipation reste théorique pour la majorité : « Elle avait proclamé la liberté de chacun et de tous, ou plutôt elle avait proclamé le droit d’être libre pour chacun et pour tous. Mais elle n’avait donné réellement les moyens de réaliser cette liberté et d’en jouir qu’aux propriétaires, aux capitalistes, aux riches. » De ce temps, la domination exclusive des intérêts de la bourgeoisie ne cesse de renforcer le capitalisme et l’État. Sous prétexte de bien commun, « il se sert de la force collective et du travail collectif de tout le monde pour assurer le bonheur et la prospérité et les privilèges de quelques-uns ». L’élément diviseur assurant la pérennité du système est l’individualisme : « J’entends par individualisme cette tendance qui, considérant toute la société, la masse des individus comme des indifférents, des rivaux, des concurrents, comme des ennemis naturels, en un mot avec lesquels chacun est bien forcé de vivre, mais qui obstruent la voie à chacun, pousse l’individu à conquérir et à établir son propre bien-être, sa prospérité, son bonheur malgré tout le monde, au détriment et sur le dos de tous les autres. » Dans « La Commune de Paris ou la notion de l’État » ou « Préambule pour la seconde livraison de l’Empire knouto-germanique et la Révolution sociale », l’anarchiste russe précise la différence qui l’oppose aux communistes autoritaires. D’accord sur le but, un ordre social nouveau assuré par la propriété et le travail collectifs, il diverge sur les moyens. Là où les communistes veulent s’emparer du pouvoir politique de l’État, imposer au peuple des plans conçus d’en haut et l’égalité par la force, les anarchistes préfèrent développer la puissance sociale des exploités et propager leurs idées sans jamais y sacrifier la liberté. Contrainte d’État ou dictature collective, le résultat n’en serait qu’une autre variante de tyrannie. « La liberté des individus n’est point un fait individuel, c’est un fait, un produit collectif. » Plus de cent trente ans après l’écrasement de la Commune, « négation audacieuse, bien prononcée, de l’État », le communisme libertaire de Bakounine garde son caractère de nécessité vitale. Le second livre retrace, d’après les archives familiales et publiques, la vie d’un marchand de cannes parisien devenu capitaine du 248e bataillon des fédérés sous la Commune. Rescapé des combats contre les Versaillais et des massacres de la semaine sanglante, le communard n’échappe pas aux dénonciations des « bons citoyens ». Emprisonné à Fort-Boyard, avant sa déportation en Nouvelle-Calédonie, il ne reviendra parmi les siens qu’en faveur de l’amnistie de 1879. H.F. |
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