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Viva Posada

(note de lecture parue dans Gavroche n° 149, janvier 2007)

Éditions de l'Insomniaque
Format 23 sur 23
2006, 234 p., 40 euros

Les éditions de l’Insomniaque publient une monographie contenant plus de 430 gravures de José Guadalupe Posada (1852-1913). Elle est intitulée Viva Posada. La plupart des gravures y sont reproduites en fac-similé dans leurs couleurs d’origine et font revivre des figures familières qui nous parlent du Mexique, de sa réalité, de ses légendes qui demeurent présentes dans l’imaginaire de tout un chacun. Tout le monde connaît en effet les squelettes insolents et fêtards de celui que l’on nomma parfois le « Daumier Mexicain » et que Diego Rivera (1886-l957) contribua à faire connaître. Mais l’homme et son travail sont à redécouvrir. La dimension politique et populaire de ses dessins et gravures en fait un artiste à part.
Sa production s’enracine dans le Mexique de son époque. Un Mexique rongé par la corruption, l’exploitation éhontée des paysans sans terre ni droit, l’autoritarisme et l’arbitraire des dictatures militaires, un Mexique secoué par une crise révolutionnaire sans précédent, un Mexique dont la figure de Zapata et l’œuvre de Frida Kalho nous offrent une image haute en couleurs. Un pays où le destin tragique et désespéré des Indiens fut dépeint par B. Traven. Un pays qui, aujourd’hui encore, malgré les escadrons de la mort au service des gouverneurs sans scrupule, à travers la Commune d’Oaxaca et la révolte des Indiens du Chiapas, nous renvoie un message d’espoir, plein d’insolence, d’audace et de vivacité. Un pays où la mort est au cœur même de la vie.
José Guadalupe Posada se fit très tôt remarquer par le pouvoir politique à la solde des grands propriétaires terriens. Ses caricatures de riches et de puissants de son temps, et son engagement politique au côté des opposants au régime dictatorial de Porfirio Díaz l’obligeront à vivre dans une quasi-clandestinité. Malgré tout, en 1884, il s’associe à l’éditeur Antonio Vanegas Arroyo. Et c’est à cette époque qu’apparaissent ses premiers « calaveras », qui en espagnol signifie aussi le « noceur » le « fêtard », ces fameux squelettes dont Posada fera les personnages principaux de ses gravures. Il emprunta ces figures originales au lithographe Santiago Hernández qui en fut l’inventeur. Posada accentua leur côté satirique et comique, mais surtout, il introduisit une dimension politique et sociale qui fit de ses représentations impertinentes une critique au vitriol de la société mexicaine. Les « calaveras » finissent par devenir les héros de bandes dessinées qui évoquent l’actualité du pays et trouvent un accueil favorable auprès du peuple. Ils se transforment vite, dit-on, en une sorte de « Guignol » mexicain.
Posada utilise souvent un seul accessoire, une moustache, un sombrero ou un chapeau de dame, pour typer ses personnages et les situer socialement. Hommes politiques sans scrupules, soldats de la Révolution en pleine action ou péons devenus ivrognes à force de désespoir, sont évoqués dans leur rapport au monde et à la société sans avoir besoin d’être décrits. On retrouve aussi dans ses représentations les symboles de la culture indienne, le serpent, le feu, la foudre et les monstres qui, malgré tous les efforts de la hiérarchie religieuse des colonisateurs, ont survécu dans le quotidien de ce peuple soumis à l’impitoyable domination du sabre et du goupillon. Les éditions de l’Insomniaque nous permettent donc d’accéder à une œuvre unique, riche, foisonnante, populaire, contrastée, une œuvre toute en clair-obscur, une composition de traits précis et en mouvement qui possède en soi une force d’une incontestable valeur plastique. Et, nous rappelle l’éditeur, l’école des graveurs mexicains issue du Taller de Grâfico Popular s’est largement inspirée du style et de l’esprit de Posada.
Jean-Luc DEBRY
 
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