Les successeurs de Marx
(note de lecture parue dans Gavroche n° 150, avril 2007) 
| de Jacques Ellul La Table Ronde, 2007, 21 euros | On a pu écrire que Marx aurait été oublié si la Révolution d’octobre n’avait popularisé ses idées. L’affirmation hâtive oublie que la pensée de l’auteur, avec Engels, du Manifeste communiste s’inscrit dans la continuité d’une réflexion philosophique née en Allemagne au début du XIXe siècle. Le marxisme naissant a été mis en débat aux congrès de Gotha (1875) et d’Erfurt (1891). Dès 1890, des socialistes comme Bernstein, Kautsky ou Lénine affichaient leur marxisme qui a également ensuite nourri la pensée socialiste de Jules Guesde, de Jean Jaurès et de Georges Sorel.
Jacques Ellul a été tenté, un temps, par le marxisme-léninisme d’après la Révolution d’octobre. Il s’en est éloigné, comme beaucoup d’intellectuels, lorsque le stalinisme a transformé les espoirs d’une nouvelle démocratie en cauchemar. Antifasciste et antilibéral, il a été attentif à la pensée personnaliste d’Emmanuel Mounier. Professeur à l’Institut d’études politiques de Bordeaux, il a fait bénéficier ses élèves, pendant près de trente ans, d’une expérience réévaluée avec le recul de l’historien. Trois de ses anciens élèves, Michel Hourcade, Jean-Pierre Jézéquel et Gérard Paul, ont reconstitué avec une grande clarté l’essentiel de cet enseignement qui pourrait avantageusement enrichir la réflexion d’un socialisme ayant plus tendance à s’égarer qu’à reconsidérer ses fondements. Jean-Jacques LEDOS |