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Les bagnes d’enfants

(note de lecture parue dans Gavroche n° 151, juillet 2007)

Et autres lieux d’enfermement
Enfance délinquante et violence institutionnelle du XVIIIe au XXe siècle
de Paul Dartiguenave
Éditions Libertaires, 2005, 275 p., 15 €


Paul Dartiguenave publie aux éditions Libertaires Les Bagnes d’enfants, une étude très documentée, dont le sérieux force le respect, sur le système carcéral destiné aux enfants qui, entre le XVIIIe et le XXe siècle, prit les noms de maison d’incarcération, maison de correction, maison de redressement, colonies pénitentiaires, industrielles et agricoles. De 1768 jusqu’à l’ordonnance du 23 décembre 1958 sur l’assistance éducative, tout un arsenal juridique encadra des pratiques d’une incroyable inhumanité. Il est bon sans doute de ne pas oublier que l’institution publique d’éducation surveillée de Belle-Île n’a fermé définitivement ses portes que le 1er juillet 1977. On connaît bien sûr le poème La Chasse aux enfants que Jacques Prévert consacra à la révolte des enfants bagnards de Belle-Île, ainsi que les récits de Jean Genet (L’Enfant criminel et Miracle de la rose). Mais ces textes, pour remarquables qu’ils fussent, sont bien peu au regard de la réalité d’une répression de classe qui s’abattait sur des enfants coupables de vols alimentaires, des petits orphelins affamés, des petits vagabonds et d’authentiques rebelles qui cherchaient à échapper au contrôle souvent despotique des familles, des patrons et du clergé.
Le texte de Paul Dartiguenave, dans toute sa rigueur, nous renvoie aux travaux de Michel Foucault (Surveiller et punir, Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère). L’auteur retrace l’histoire de ces lieux maudits qui, suite à la loi du 15 juillet 1889, semblent avoir trouvé, avec la création des bataillons d’Afrique de sinistre mémoire, une sorte d’aboutissement logique. Car cet encadrement judiciaire et son corollaire la militarisation de la répression sont aussi le moyen de mettre au pas les « fortes têtes ». Pratiques auxquelles adhèrent les gouvernements successifs. La discipline militaire des règlements, les abus de pouvoir qu’ils induisent, le travail forcé (voire l’exploitation éhontée d’une main-d’œuvre gratuite), les mauvais traitements (y compris sexuels), les privations de toutes sortes, les maladies et pour finir la mort anonyme qui frappe les plus faibles ou les plus désespérés ne choquent pas les bonnes âmes, politiciens et juges, ministres et bourgeois. L’idéologie qui fonde ce système prétend que les mauvais traitements, la discipline la plus rigoureuse, la soumission et les punitions corporelles sont rédempteurs. La lecture de certains passages de ce livre est à proprement parler insoutenable, mais puisés dans les archives, toujours très documentés, ils ne sont hélas qu’un reflet d’une réalité qui inspire au lecteur une horreur d’autant plus forte que, sur certains aspects, il a le sentiment qu’un retour de ces pratiques pourrait être justifié au nom de la loi et de l’ordre dans le cadre de l’obsession sécuritaire de l’époque.
Jean-Luc DEBRY
 
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