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L’Anarchie

(note de lecture parue dans Gavroche n° 151, juillet 2007)

d’Élisée Reclus
Paris, Éditions du Sextant,
2006, 64 p., 7,90 €
www.editionsdusextant.fr


Dans cette conférence prononcée le 18 juin 1894 à Bruxelles devant une loge maçonnique, le célèbre géographe anarchiste tente de convaincre son auditoire de la véritable nature de l’anarchisme, à l’encontre des clichés répandus par les dominants1. Pour cela, il affirme tout d’abord que l’anarchie n’est pas une théorie nouvelle car, de tout temps, il y eut des hommes libres tel Rabelais et son abbaye de Thélème. Mais, si « le but des anarchistes leur est donc commun avec beaucoup d’hommes généreux […] ils se distinguent nettement par les moyens » et « représentent vraiment un esprit nouveau ». En effet, les anarchistes se différencient par leur lutte contre tout pouvoir officiel et leur refus de sa conquête qui « ne peut servir qu’à en prolonger la durée avec celle de l’esclavage correspondant ». Pour cela, ils veulent remplacer l’ancienne morale basée sur l’effroi et la peur par une morale des égaux où chacun participe à l’œuvre commune. De tout temps, des organismes libertaires ont existé depuis les « peuplades dites sauvages » jusqu’aux colonies libertaires, telle l’Icarie de Cabet, en passant par « les gens du populaire qui certainement ne pourraient soutenir la terrible lutte de l’existence s’ils ne s’entraidaient spontanément », et Reclus espère voir bientôt advenir « cette morale de justice parfaite, de liberté et d’égalité ». Dans ce texte, Élisée Reclus fait preuve de beaucoup de pédagogie pour persuader un auditoire supposé éclairé d’aller jusqu’au bout de ses idées progressistes en se défaisant de ses préjugés sur l’anarchie et les anarchistes. Il fait aussi preuve d’un optimisme bien caractéristique d’une époque où les espoirs d’émancipation sociale semblaient à portée de main. Plus d’un siècle après, il est difficile – pour ne pas dire impossible – de le partager, même s’il reste de ces propos une grande sagesse et une belle humanité qui interpellent le lecteur d’aujourd’hui : « chaque individualité nous paraît être le centre de l’univers, et chacune a les mêmes droits à son développement intégral, sans intervention d’un pouvoir qui la dirige, la morigène ou la châtie ».
Charles JACQUIER

1. Hélène Sarrazin, auteur de Élisée Reclus ou la passion du monde (Sextant, 2004), préface longuement ce texte.
 
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