Cahiers Charles Fourier
(note de lecture parue dans Gavroche n° 151, juillet 2007) La dernière livraison de l’association d’études fouriéristes propose cinq articles autour de la postérité de l’œuvre de Charles Fourier et des fouriéristes. Tout d’abord, Florea Ioncioaia propose la première partie d’une étude sur les traces du fouriérisme en Roumanie où elle insiste sur le rôle de Théodore Diamant dans la diffusion du projet sociétaire et les multiples facettes de la réception de cette œuvre dans les Principautés roumaines, allant d’un registre humanitariste et technique à des rêveries parfois délirantes en passant par une idéologie molle du changement pacifique. Ensuite, Catherine Durieux interroge la figure méconnue de la fouriériste américaine Marie Howland qui entreprend de faire connaître le fouriérisme pratiqué de Jean-Baptiste Godin aux États-Unis dans le seul roman américain de cette inspiration à connaître un certain succès.
Michel Guet, quant à lui, revient sur les années 1898-1900 dans l’itinéraire de Charles Péguy sur fond d’affaire Dreyfus et de tentatives d’unification du socialisme parlementaire pour analyser sa « pensée phalanstérienne ». Guy Girard revient sur l’influence de Fourier dans le mouvement surréaliste d’après-guerre aussi bien dans la critique des mœurs que dans le domaine des arts plastiques. Enfin Louis Ucciani interroge le paradoxe d’une scène artistique française répondant massivement à l’invitation du Premier ministre d’alors, Dominique de Villepin, pour une exposition qui démontre avec ostentation le mariage de l’art et de l’État au moment où celui-ci était massivement contesté dans la rue par la jeunesse et les étudiants au printemps 2006. Le magazine Art Press publie, comme en écho à cette manifestation officielle, un article intitulé : « L’hypothèse Fourier, Roussel, Jarry, brouillon de cartographie subjective de la situation artistique française ». Ce n’est plus de « force de l’art » – titre de cette exposition – dont il s’agit mais de farce. En effet, « si l’art n’a que peu d’écho dans les milieux populaires, c’est sans doute plus à sa situation de servilité vis-à-vis des pouvoirs et des institutions qu’il le doit qu’à la radicalité de son propos ». L’auteur s’interroge donc sur l’usage de Fourier par les artistes contemporains comme simulacre d’engagement qui leur évite de questionner leur propre statut et leur rapport aux dominants… Cet ensemble est complété par les rubriques habituelles – « informations diverses » et « notes de lecture » où l’on retiendra les deux recensions consacrées au recueil de textes de Fourier sur l’éducation réunis par René Scherer, Vers une enfance majeure (La Fabrique, 2006). Charles JACQUIER |