Accueil Livres Les oubliés du shtetl

Les oubliés du shtetl

(note de lecture parue dans Gavroche n° 151, juillet 2007)

d’Isaac Leib Peretz
Préface de Jean Malaurie,
traduction et notes de Nathan Weinstock
Plon, collection Terres humaines,
2007, 400 p., 25,90 €

Isaac Leib Peretz (1851-1915), avec Isaac Bashevis Singer (1904-1991), Israel Joshua Singer (1893-1944), Sholem Aleikhem (1859-1916) et David Pinski (1872-1959), est un des plus grands écrivains modernes de langue yiddish. À partir de 1890, sur proposition du richissime Jan Gottlieb (Bogumil) Bloch – dit Jean de Bloch – « qui entend démontrer […] à quel point le reproche de parasitisme adressé aux Juifs est infondé », il entreprend une enquête sur les conditions de vie de ses contemporains habitant cette terre du yiddish éradiquée depuis par la barbarie nazie. En cette fin du XIXe siècle, de nombreux cercles et groupes y bouillonnent, traversés par des combats d’idées et des débats, dans une vitalité d’écrits multiples et de paroles. Les fils et filles des « Lumières » ou « Haskala », Juifs athées s’exprimant en yiddish, la langue du peuple, s’opposent vigoureusement aux rabbins orthodoxes discourant en hébreu, la langue sacrée, et évitent soigneusement de fréquenter les cours des écoles hassidiques où l’on se querelle sur l’interprétation de la Torah. Les « Hassidim », malgré leur hauteur religieuse, ne s’interdisent pas de polémiquer ou de dialoguer avec les « Éclairantistes » anticléricaux qui prônent un athéisme intégral, à l’époque où en France on crie « À bas la calotte ! » et l’on débat de la séparation de l’Église et de l’État. Les résultats ne plurent pas au tsar qui interdit la publication de ce livre.
Plon, dans sa collection Terres humaines, publie cette enquête sous le titre Les Oubliés du shtetl, exposant une histoire complexe de l’Europe orientale où se mélangent les rêves, les luttes sociales, la misère, les petits gestes, le religieux, le fantastique et tant de choses, hélas disparues. Complété de manière remarquable par neuf annexes de Nathan Weinstock et de ses collaborateurs sur l’auteur, la littérature yiddish et le contexte politique, économique et social, ce livre rare, cette petite encyclopédie de la société yiddish, véritable chronique de la vie quotidienne, remplie de descriptions inoubliables, de scènes de rues baignant dans un humour légendaire, participe à un devoir de mémoire, de réhabilitation et de justice.
Pierre-Henri ZAIDMAN
 
Tous droits de reproduction réservés © 2006 - 2008 Gavroche. Réalisation web : Black Pulp Scoop Presse.