La revue
Dissidences fut lancée en 1998. Onze numéros simples et deux numéros doubles, de facture plutôt artisanale, ont été édités avant qu’elle ne devienne une revue universitaire à l’ambition affichée. On y trouvait des informations précieuses sur les publications, les mémoires de maîtrise, les thèses, et, d’une façon générale, on avait accès à un état de la recherche portant sur l’étude des mouvements révolutionnaires dont le caractère exhaustif était unique en son genre. Désormais les rubriques traditionnelles qui constituaient sa richesse propre comme, par exemple, « état de la recherche », « notes de lecture » et « revue des revues » sont uniquement disponibles sur son site Internet (
www.dissidences.net). On y trouvera aussi des informations précieuses sur l’agenda des colloques et des séminaires. Avis aux amateurs.
La revue, sous la direction de Jean-Guillaume Lanuque et Georges Ubbiali, s’est depuis transformée en prenant une forme plus institutionnelle, notamment en mettant en place un partenariat avec l’université de Bourgogne. Elle publie désormais avec l’aide des éditions L’Harmattan sous une forme entièrement renouvelée des volumes thématiques. Cette reconnaissance à laquelle elle semblait aspirer depuis un petit moment récompense une ambition et un travail qui portent la marque des historiens professionnels, thésards et doctorants.
Le premier volume des
Dissidences nouvelle formule était consacré au thème de la révolution, de la lutte armée et du terrorisme, le deuxième volume, sans aucun lien, propose une exploration de la très riche personnalité de Daniel Guérin (1904-1988). Communiste libertaire, militant, acteur de la cause homosexuelle, anticolonialiste – un temps ami de Mohamed Harbi – il participe au « comité pour la vérité dans l’affaire Ben Barka » et au « Comité Vietnam national ». Il fut aussi un historien reconnu de la Révolution française avec notamment
Bourgeois et bras-nus, la guerre sociale sous la révolution, 1793-1795. Cet ouvrage réédité en poche par Les Nuits rouges – avec une très belle préface de Claude Guillon – demeure, à ce jour, une contribution majeure sur le sujet.
L’Anarchisme (tiré à plus de 100 000 exemplaires) publié en 1965 chez Gallimard est assurément le livre qui lui donna une stature de penseur, d’historien et de militant et le rendit célèbre bien avant que n’éclate la révolte de Mai 1968. Daniel Guérin fait en effet partie des figures marquantes d’une époque à jamais disparue où l’engagement personnel pour des causes que l’on défendait avec passion n’était pas un vain mot, ni une posture médiatique affectée.
Dans ce volume, on pourra lire entre autres des articles sur certains aspects peu connus de son parcours politique grâce à un article de Thierry Hohl intitulé « Daniel Guérin, « pivertiste », un parcours dans la gauche révolutionnaire de la SFIO (1935-1938) ». Ainsi qu’une contribution de Robert Schwarzwald sur les liens entre la gauche et l’homosexualité dans les autobiographies de Daniel Guérin, et une autre de Sylvain Boulouque portant sur son anticolonialisme et ses convictions anarchistes. Pour toute demande d’abonnement ou d’information, s’adresser à Jean-Guillaume Lanuque, 154 rue Oudinot, 54 000 Nancy.
Jean-Luc DEBRY