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Socialisme ou barbarie

(note de lecture parue dans Gavroche n° 151, juillet 2007)

Anthologie
Paris, Éditions Acratie, 343 p., 27 €


Dans la décennie qui précéda Mai 1968, l’influence de groupes tels que Socialisme ou barbarie, l’Internationale situationniste, et dans une moindre mesure Informations et correspondance fut importante. Ces courants d’idées ne compteront pour rien dans la rupture qu’une partie de la jeunesse fit avec le léninisme, y compris sous sa forme trotskiste. Elle avait été écœurée par le soutien aveugle apporté aux bureaucraties staliniennes des pays de l’Est par le Parti communiste français. Les révoltes ouvrières à Berlin, en Hongrie et en Pologne, de 1953 à 1956, avaient en effet conduit nombre de militants à prendre leurs distances avec des pratiques qui leur apparaissaient enfin comme totalitaires. « Phénomène bureaucratique » que les rédacteurs de la revue décrivent comme « un trait essentiel des sociétés modernes ». Ils pousseront leur raisonnement jusqu’à soutenir, en 1964 dans le numéro 35, que la division n’est plus entre « possédants des moyens de production et prolétaires », mais entre « dirigeants et exécutants ». D’où il découle que « le socialisme est inconcevable en dehors de la gestion de la production par les producteurs associés, et du pouvoir des conseils des travailleurs ».
Dans ce formidable bouillonnement intellectuel, nombreux étaient ceux qui, sans renoncer à une lecture marxiste de l’histoire et des rapports sociaux, cherchaient à structurer une approche révolutionnaire enfin libérée du joug du PCF et qui puisèrent aux sources de cette réflexion. Il s’agissait d’élaborer une lecture critique du marxisme officiel. Alors que d’autres, comme Louis Althusser, invitaient à relire Le Capital, en occultant le chapitre sur le fétichisme de la marchandise, une revue comme Socialisme ou barbarie explorait la question du pouvoir et de l’organisation dans la perspective d’un projet révolutionnaire fondé sur l’autonomie du prolétariat.
De 1949 à 1967, à travers quarante numéros, Socialisme ou barbarie élabora une réflexion militante. La revue L’Anti-mythes avait, dans les années 1970, publié des interviews de Claude Lefort, Henri Simon et Daniel Mothé (numéros 6, 14 et 18). Il serait sans doute judicieux de les republier car elles permettaient de comprendre le cheminement intellectuel et militant des individus qui composaient ce groupe, petit par le nombre mais grand par l’influence. Peu après la dissolution de Socialisme ou barbarie, une sorte de légende naquit. Comme tout ce qui touche de près ou de loin aux courants qui animèrent la pensée révolutionnaire, dont Mai 1968 fut une sorte d’apothéose, elle permit bien des instrumentalisations et faussa la nature de cette pensée en la présentant comme la justification du tournant réactionnaire de toute une classe d’intellectuels dont la plupart font aujourd’hui ouvertement campagne pour Nicolas Sarkozy.
Les éditions Acratie nous offrent justement l’occasion de revenir sur l’origine de ces débats. Car l’évolution théorique de la revue, les inévitables tensions internes qui la parcoururent et qui conduisirent à des ruptures, dont celle en particulier d’Henri Simon, méritent sans aucun doute d’être revisitées (tant du point de vue historique que théorique).
Dans sa note de présentation, l’éditeur précise que « quelques anciens membres du groupe Socialisme ou barbarie ont décidé de réunir en un volume un certain nombre d’articles de la revue, donnant un aperçu des idées développées tout au long du parcours de cette revue ». Ainsi, grâce à leur travail, on peut lire, ou relire, des textes de Daniel Mothé, Claude Lefort, Cornelius Castoriadis et Jean-François Lyotard et bien d’autres encore.
Jean-Luc DEBRY
 
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