Louise Michel en Algérie (note de lecture parue dans Gavroche n° 152, octobre 2007) 
| La tournée de conférences de Louise Michel et Ernest Girault en Algérie (octobre-décembre 1904) de Clotilde Chauvin Éditions Libertaires 162 p., 15 €
| Le 9 octobre 1905, Louise Michel et Ernest Girault – auteur d’Une colonie d’enfer – quittent le port de Marseille pour l’Algérie où ils doivent effectuer une série de conférences. Les villes d’Alger, de Tizi-Ouzou, de Sétif, de Constantine, de Blida, de Mostaganem et d’ailleurs, seront autant d’étapes où les propagandistes aborderont des thèmes aussi percutants que l’antimilitarisme, l’athéisme, l’anticolonialisme et bien sûr l’anarchisme.
Dans le contexte de l’Algérie coloniale, où depuis 1881 sévissait le code de l’indigénat, il fallait une forte dose d’audace et de courage pour affronter une société structurée autour d’une culture de l’apartheid. Ces réunions attiraient régulièrement entre 400 à 600 personnes. Des enseignants européens et arabes, des laïques et des progressistes les fréquentaient, ce qui témoigne de la vitalité politique d’une opposition, certes minoritaire, mais active. Quelques incidents sans grande gravité, mais significatifs, émaillèrent leur voyage sans jamais déstabiliser les conférenciers. Chemin faisant, Mathilde de Fleurville, ex-femme de Paul Verlaine, offrira un peu de repos à Louise Michel qui, du fait des conditions climatiques dans lesquelles se déroula le voyage et surtout de son grand âge, fut physiquement éprouvée. Le 15 décembre 1904, Louise Michel, épuisée, repartira pour le continent et le 9 janvier 2005, elle décédera à Marseille. C’est donc en Algérie qu’elle passa les derniers mois d’une vie bien remplie. Clotilde Chauvin nous permet de les revivre grâce à un important travail de recherche. L’auteure resitue ces événements dans le contexte plus général qui lia dans la répression communards et Kabyles. En effet, suite à l’insurrection kabyle de janvier 1871, la répression fut féroce et nombre d’insurgés furent déportés en Nouvelle-Calédonie (en 2004, Saïd Oulimi a réalisé sur le sujet un film de 7 heures pour la télévision algérienne). Les Kabyles seront les grands oubliés de l’amnistie. De cet exil partagé, il restera un lien qui rapprochera les victimes d’un système militariste et celles d’une justice de classe. Le grand mérite de cet ouvrage très documenté est d’éclairer une période fort peu connue de l’engagement anti-colonial des militants anarchistes. Jean-Luc DEBRY |