Les jardins de l’art brut
(note de lecture parue dans Gavroche n° 154, avril 2008)  | de Marc Décimo, Les Presses du réel, coll. « l’écart absolu », 2007, 272 p., 26€ |
Dans cet ouvrage richement illustré, Marc Décimo présente d’abord une courte étude sur ce que l’on a longtemps considéré comme un « art des fous », avant que l’on ne mette en avant la notion d’art « brut », première étape de sa reconnaissance dans les pratiques artistiques admises. Si les anciens sont désormais entrés au musée ou ont obtenu une reconnaissance incontestée, comme le palais idéal du facteur Cheval, l’aventure « artistique » des gens de peu se poursuit aujourd’hui loin des institutions idoines.
Marc Décimo propose ensuite un large florilège de cet art du bord des routes et des jardins privés, de l’Europe à l’Amérique, sans jugement de valeur a priori sur sa qualité esthétique dont chacun se fera juge. Des personnages, souvent aussi inspirés que pittoresques, mettent en forme leur univers intérieur malgré l’incompréhension et les quolibets du voisinage et des passants, rêvant d’inventer « des choses impossibles à inventer », tel le forgeron Raymond Moralès, à Port-de-Bouc, en bordure de la Nationale 568. On pourrait appliquer à tous ces jardiniers de l’improbable l’affirmation de Jean Dubuffet sur l’art : « La seule chose importante est qu’il ne cherche à imiter personne, mais qu’il fasse ce qu’il a envie de faire, en toute simplicité, pour son propre plaisir, et sans fausse honte. Si c’est fait autrement qu’on a l’habitude, que c’est saugrenu, que c’est imprévu au point de faire rire peut-être, eh bien tant mieux ! C’est la marque de l’inattendu. L’art doit toujours un peu faire rire et un peu faire peur. » |