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Les profiteurs de guerre, 1914-1918

(note de lecture parue dans Gavroche n° 157, janvier 2009)

de François Bouloc
Éditions complexe, 2008, 386 p., 26 €


« On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels », écrivait Anatole France en 1901. L’idée que les guerres engraissent les marchands de canons et les mercantis n’est pas nouvelle. Elle semble même communément admise. Il est d’autant plus surprenant qu’aucune étude sur les « profiteurs » de la « Grande Guerre » n’ait jamais été menée avant celle que publie François Bouloc.

En présentant cette recherche qu’il a menée pour son doctorat, l’auteur tient à donner toutes les garanties d’un travail dépassionné sur ce sujet fortement polémique. Car la guerre de 14-18 fait l’objet d’un rude débat entre historiens. D’un côté l’école dite « de Péronne », héritière de la tradition patriotique qui soutient que la « Grande Guerre » avait rassemblé les Français dans un vaste « consentement patriotique » ; de l’autre celle « de Craonne » qui pointe les contradictions de l’histoire consensuelle et constate que l’état de guerre atomise au contraire les sociétés. Parvenu à sa conclusion, François Bouloc se réclame de cette dernière filiation et rend hommage à son directeur de thèse, Rémy Cazals, l’historien français qui a sans doute le plus contribué à démystifier le « consentement patriotique », notamment en réhabilitant les témoignages des combattants.

Entre l’introduction et la conclusion, les 340 pages de l’étude montrent comment la guerre exacerba les antagonismes économiques et sociaux au bénéfice de la bourgeoisie. L’exposé des faits infirme, une fois de plus, la thèse de l’union patriotique. Aux imprécations des combattants contre les affairistes embusqués répondent les protestations de patriotisme de ceux qui se remplissent les poches au service du pays. Plus la guerre s’éternise et plus la haine grandit contre les profiteurs. Heureusement pour eux, la victoire étouffera les cris de colère sous les flonflons.

Le ton est docte et le vocabulaire savant pour commenter cette exploration inédite des arrières cuisines de l’histoire. La visite est complète et n’oublie personne, depuis les grands industriels jusqu’aux petits pinardiers de village. Dommage que l’éditeur n’ait pas jugé bon de compléter par un index et une bibliographie ce travail dense qui ajoute une pièce indispensable à la compréhension de la « Grande Guerre » et des comportements des sociétés en crise.

François ROUX
 
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