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Les Lettres françaises et Les Étoiles dans la clandestinité : 1942-1944

(note de lecture parue dans Gavroche n° 157, janvier 2009)
Les Lettres françaises et les Étoiles dans la clandestinité

de François Eychart et Georges Aillaud
Le cherche midi, 2008, 279 p., 24 €


Les militants communistes se trouvent dans une situation particulière au moment de la défaite de l’armée française en juin 1940. Ayant soutenu le traité germano-soviétique, signé le 23 août 1939, le Parti communiste français et ses organisations ont en effet été dissous le 26 septembre, et, en octobre, les parlementaires communistes sont arrêtés. Le changement brutal de ligne (l’ennemi nazi devenant un allié), la drôle de guerre et la mobilisation, suivis d’une nouvelle analyse de la « guerre impérialiste des deux côtés » imposée par l’Internationale communiste découragent plus d’un militant.

Le refus de la « guerre impérialiste » demeure le fondement de l’analyse communiste jusqu’à l’agression nazie contre l’URSS en juin 1941, mais au fur et à mesure que cadres et militants reprennent contact, ignorant tout des querelles d’appareil, se met en place une résistance impulsée par des cadres locaux (Charles Tillon, Georges Guingouin…). Chez les intellectuels, communistes ou non, qui manifestent dès le 11 novembre 1940 (Jacques Decour, Jean Paulhan…), la « résistance » s’organise également en dehors de « l’appareil ». En mai 1941, l’appel à la constitution d’un « Front national de lutte pour l’indépendance nationale » renoue avec une stratégie de type Front populaire et ouvre la voie à de futurs contacts avec la France libre du général de Gaulle, jusque-là ignoré, voire dénoncé comme agent de la City londonienne.

Louis Aragon, écrivain déjà célèbre dans ces années-là, applique la nouvelle orientation en cherchant à sortir les communistes de l’isolement, en réunissant sur une base nationale écrivains, poètes, artistes… Une réunion est organisée à l’initiative de Jacques Duclos entre Aragon et les militants de la zone occupée, elle se tiendra en juillet. C’est là que se décide la création du journal Les Lettres françaises, sous l’égide d’un « Comité national des écrivains », en cours de constitution. L’important pour la direction communiste est son ouverture à des écrivains connus, éventuellement agissant sous couverture légale. Ainsi, Jean Paulhan, qui travaille à la NRF, passée à la collaboration sous la direction de Drieu La Rochelle, en sera un des dirigeants. Mais l’arrestation de Jacques Decour le 17 février 1942 nécessite de tout reprendre, et il ne restera de son travail que le manifeste du Front national des écrivains. C’est Claude Morgan, un journaliste chevronné, qui retisse tous les liens qui aboutissent à la parution du numéro 1 en septembre 1942.

Les Lettres françaises vont se développer lentement et devenir pour la zone nord l’organe du Comité national des écrivains, qui rassemble finalement la plupart des intellectuels résistants et jouit à la Libération d’une énorme autorité morale.

Aragon, lui, est reparti en zone sud, où il passe dans la clandestinité en novembre 1942. Avec Jean Prévost, Georges Sadoul, Stanislas Fumet, il fait paraître un autre journal, Les Étoiles. Alors que le PCF, auréolé de sa résistance soigneusement mise en scène, autorise la parution d’une édition luxueuse des Lettres françaises en fac-similé en 1947, les histoires officielles communistes et autres ignorent totalement le second titre. On se demande pourquoi. Il était plus que pertinent de regrouper ces deux faces du travail d’Aragon et des intellectuels communistes sous l’Occupation. Georges Aillaud livre sur la genèse et le contenu des dix-sept numéros des Étoiles étalés sur quatorze mois, de février 1943 à mars 1944, une analyse approfondie sans donner de conclusion satisfaisante. La personnalité complexe d’Aragon, pas toujours en odeur de sainteté chez les dirigeants communistes, y est probablement pour quelque chose.

Pierre-Henri ZAIDMAN
 
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