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Éclats du Front populaire

(note de lecture parue dans Gavroche n° 153, janvier 2008)

de Daniel Grason, René Mouriaux, Patrick Pochet
Syllepse, 2006,
230 p., 18 €



Rassemblant des contributions variées et originales, ainsi que de nombreux documents (photographies, textes), cet ouvrage collectif entend proposer un autre regard sur le Front populaire, au plus près des populations qui l’ont vécu. Au travers d’éclairages locaux (sur la banlieue ouest de Paris, spécialement Nanterre, et Marseille), on perçoit plus concrètement l’ampleur des événements, la rupture que constituent les grèves et les affrontements du Front populaire. Malgré une certaine focalisation sur des aspects plus facilement accessibles (résultats électoraux, candidats communistes et socialistes aux élections), la lutte à la base apparaît dans toute sa conflictualité.

Loin de se réduire à une série de négociations au sommet ainsi que de mots d’ordres politiques et syndicaux, le Front populaire apparaît comme une période particulière de la vie politique française, qui se construit lentement en fonction des évolutions stratégiques des organisations de la classe ouvrière. Les approches transversales (sur les enseignants, les intellectuels antifascistes, les femmes salariées…) font ressortir cet « air du temps », cet état d’esprit, lorsque « tout semble possible », esquissé par Nicolas Béniès, au travers des bouleversements culturels (musicaux surtout) et des évolutions économiques (le triomphe de Keynes). Une chronologie détaillée et internationale élargit l’horizon sur cette période.

En abordant des aspects moins souvent évoqués (le travail des femmes, l’organisation des travailleurs immigrés, ou encore l’attitude des enseignants et enseignantes, non grévistes, mais très attentifs aux luttes du Front populaire), cet ouvrage laisse entrevoir une classe en lutte, constamment confrontée à une droite et à une extrême droite particulièrement actives. Ces luttes ne se limitent pas à l’été 1936 et aux occupations joyeuses. Les grèves défensives de l’hiver 1937, les désillusions de 1937-38, les divisions politiciennes ont toutes leur place dans cette histoire du Front populaire, tout comme la montée en puissance silencieuse de la classe ouvrière dès les années 1920.

Renaud VIOLET
 
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