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Eugène Péaud,
Un syndicaliste révolutionnaire

(note de lecture parue dans Gavroche n° 153, janvier 2008)

de Loïc Le Bars
Syllepse et l’institut de recherche de la FSU,
2007, 141 p., 15 €



L’institut de recherche de la FSU et les éditions Syllepse coéditent l’étude que Loïc Le Bars consacre à Eugène Péaud (1905-1976). Cet ouvrage préfacé par Claude Pennetier attire l’attention du lecteur sur le parcours d’un militant emblématique d’une époque où le syndicalisme fut un foyer révolutionnaire dans une région, la Vendée, dominée par les courants les plus réactionnaires de la droite catholique française. Dans son avant-propos, Jean Péaud situe d’emblée l’intérêt de l’ouvrage consacré à son père en citant Jean Maîtron. Il souligne dans son texte inaugural « le rôle de levier méconnu de l’histoire » joué par cette génération de militants dévoués, actifs, énergiques, qui, quoi qu’il leur en coûtât sur le plan personnel et politique, restèrent toujours fidèles à leurs convictions politiques. Ce fils d’instituteurs, lui-même instituteur, joua en effet un rôle important dans le mouvement socialiste révolutionnaire vendéen. Il s’inscrit dans une tradition et une histoire qui vit des personnages comme Maurice Dommanget, entre autres, mettre leurs talents d’historiens et d’animateurs politiques au service des combats menés par le syndicalisme ouvrier de leur temps. Figures qui marquèrent la grande époque de la CGTU et qui furent de tous les combats, de toutes les révoltes, de toutes les résistances, y compris face à l’appareil bureaucratique du mouvement ouvrier dans un contexte particulièrement agité.

Toujours attentif à protéger l’autonomie des unions locales, Eugène Péaud, homme de terrain, porté par un inaltérable esprit critique, faisait face aux manœuvres des appareils, exprimait si nécessaire ses critiques avec une sincérité de conviction qui force le respect. Ce qui le conduisit assez naturellement à se faire exclure du Parti communiste en 1928 par Charles Tillon. Ensuite, il se rapprocha des trotskistes et des communistes de gauche, vis-à-vis desquels il garda toujours une distance critique, puis rejoignit le combat de la gauche révolutionnaire aux côtés de Marceau Pivert au sein de la SFIO. Après la guerre, il fut de toutes les tentatives pour réactiver ce courant d’idée. Pour ces militants comprimés entre un PCF hégémonique au stalinisme flamboyant et assumé, une SFIO plus politicienne que jamais, et des trotskistes en crise, croisant sur leur route des chrétiens de gauche tout à fait respectables, l’affaire ne fut jamais simple. Et pourtant, malgré les échecs et les déceptions, Eugène Péaud n’abandonna jamais la partie. En 1958, il fut de ceux qui créèrent le PSU. Ce qui est remarquable dans le travail de Loïc Le Bars, c’est que l’homme est toujours présent à travers le militant.

Jean-Luc DEBRY
 
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