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En suivant Emma

(note de lecture parue dans Gavroche n° 153, janvier 2008)

(Pièce historique sur Emma goldman, anarchiste et féministe américaine)
de Howard Zinn,
Marseille, Agone, coll. « Marginales »,
2007, 172 p., 15 €



Anarchiste, féministe, partisane de l’amour libre, oratrice réputée autant que redoutée, Emma Goldman est l’une des figures les plus attachantes du mouvement libertaire. Plus activiste que théoricienne, elle a marqué de son empreinte l’histoire du mouvement ouvrier américain. Il n’est guère surprenant que l’historien Howard Zinn, auteur d’une monumentale Histoire populaire des États-Unis (Agone, 2002), s’en soit épris au point de lui consacrer une pièce de théâtre.

Nous la découvrons à Rochester où, jeune femme issue de l’immigration juive russe, elle gagne de quoi survivre dans les fabriques de vêtements. Nous sommes au début des tumultueuses années 1880, où le syndicalisme, en plein essor, se heurte à la violence de la répression étatique et patronale.

On la retrouve à New York. Sa conscience de classe s’est affermie ; elle a soif d’action ; elle se mêle à un petit groupe d’anarchistes, dont l’austère Alexandre Berkman, Fedya, l’artiste, et Johann Most, orateur puissant et charismatique. Trois hommes qui seront, pour elle, autant d’amants.

Après l’emprisonnement de Berkman, coupable de tentative d’assassinat sur un patron, Emma Goldman prend la route, parcourt les États-Unis en tous sens pour y défendre la cause ouvrière, celle de l’anarchisme et du féminisme, mais aussi l’œuvre littéraire d’un Ibsen ou d’un Bernard Shaw. Elle fait souvent salle comble et doit tout aussi souvent quitter les lieux en hâte pour éviter l’arrestation. Ses propos choquent l’Amérique de la libre entreprise tout autant que l’Amérique puritaine.

Elle vit une relation tumultueuse avec un personnage atypique et peu apprécié des libertaires. Ben Reitman, médecin de profession, est un insatiable coureur de jupons, un beau parleur qui la bouleverse, l’envoûte et l’irrite à la fois. Car le mérite de cette pièce de théâtre est de nous faire voir une Emma Goldman en chair et en os, en militante révolutionnaire revendicative, en féministe implacable mais aussi en être humain prisonnier de ses désirs. Goldman disait de Reitman qu’il « avait tout de la belle brute » et malgré toute la force de ses convictions, elle a mis de longues années avant de se séparer de cet amant qui parvenait à la rendre jalouse.

En mai 1917, Emma Goldman est arrêtée une nouvelle fois. Sa propagande anti-patriotique déplaît au gouvernement. Afin de se débarrasser d’elle, il annule la nationalité de son mari, Jakob Kershner, un homme dont elle s’est séparée à peine sortie de l’adolescence. Emma Goldman n’est plus alors protégée de l’expulsion. Arrêtée, incarcérée, elle est finalement expulsée vers la Russie en 1919 comme tant d’autres immigrés russes, Berkman en tête. Mais ceci est une autre histoire, qu’Howard Zinn ne nous conte pas…

Avec cette pièce de théâtre, il nous plonge dans le climat de guerre sociale qui sévissait alors aux États-Unis. Car la violence de la répression y est sans aucune mesure avec celle que l’on a connue dans l’Hexagone. Il livre aussi un beau portrait de femme en forme d’hommage : libre, combattante, joyeuse et volontaire, rétive à toutes les soumissions.

Christophe Patillon
 
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