Albert Camus et les Libertaires
(note de lecture parue dans Gavroche n° 157, janvier 2009)  | Écrits rassemblés par Lou Marin Egrégores Éditions 2008, 358 p., 15 € |
Dans L’Homme révolté, Albert Camus distingue le révolté du révolutionnaire. L’un est animé par l’éthique créatrice de valeurs nouvelles, l’autre est l’homme de la morale du pouvoir qui renonce à ce qui fut la noblesse de sa révolte au nom du pragmatisme et de l’efficacité. L’immanence de la révolte s’oppose à la transcendance de la révolution. En contemporain du communisme bureaucratique, et de ses avatars, Albert Camus n’aura de cesse de s’interroger, sans complaisance, en homme révolté qu’il fut, sur la nature révoltante de « la révolution triomphante ». Notamment – et le malentendu est loin d’avoir été levé – en dénonçant le caractère totalitaire pris par les mouvements de libération nationale. Tel le FLN qui n’hésita pas à assassiner des militants syndicalistes algériens, lui qui, dès les années trente, avait soutenu le mouvement de Messali Hadj.
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Une vie de révolte
(note de lecture parue dans Gavroche n° 157, janvier 2009)  | de Zensl Mühsam traduit de l’allemand par Suzanne Faisan & Elke Albrecht, Quimperlé, Éditions la Digitale, 2008, 244 p., 18 € |
Il faut profiter de la sortie de ce livre pour saluer le travail des éditions la Digitale qui offrent aux lecteurs français l’occasion de découvrir un pan méconnu de la tragédie des mouvements d’émancipation durant la première moitié du XXe siècle |
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Comment le peuple juif fut inventé
(note de lecture parue dans Gavroche n° 157, janvier 2009)  | de Shlomo Sand Fayard, 2008, 446 p., 23 € |
Spécialiste de l’histoire européenne à l’université de Tel Aviv, Shlomo Sand est le premier surpris par le succès remporté par son dernier ouvrage, traduit en français sous le titre Comment le peuple juif fut inventé, présent durant 19 semaines sur la liste des meilleures ventes en Israël, en dépit du fait que ses thèses remettent en cause le plus grand tabou national. S’appuyant sur des recherches archéologiques et historiques, il affirme que l’idée d’une nation juive est un mythe inventé il y a de cela un peu plus d’un siècle. Selon lui, les Juifs n’auraient jamais été exilés de la Terre Sainte, la plupart des Juifs d’aujourd’hui n’ont pas de lien historique à la terre nommée Israël et la seule solution politique au conflit avec les Palestiniens est l’abolition l’État juif.
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Journal de guerre d’un combattant pacifiste
(note de lecture parue dans Gavroche n° 156, octobre 2008)  | de Camille Arthur Augustin Rouvière Éditions Atlantica-Séguiers, Biarritz-Paris, 2007, 333 p., 23 € |
Ce témoignage est un peu hors du commun, par la durée des événements vécus, par la diversité des situations, par la qualité de son écriture, par l’esprit de l’auteur. Un pacifiste mitrailleur, ce n’est pas courant !
Camille Rouvière est loyal, et fait de son mieux son « travail » de soldat, tout en évitant au maximum, comme le faisait Barthas, d’utiliser son arme. Il comprend très rapidement que son véritable ennemi n’est pas son homologue allemand qu’on force comme lui à se battre dans des conditions inhumaines, mais la hiérarchie militaire, la politicaillerie, et les marchands d’armes évidemment.
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Le réseau d’évasion du groupe Ponzan
(note de lecture parue dans Gavroche n° 156, octobre 2008)  | Anarchistes dans la guerre secrète contre le franquisme et le nazisme (1936 – 1944) d’Antonio Téllez Solá Éditions Le Coquelicot, 2008, 405 p., 22 € |
Il est des destins oubliés et des mémoires occultées qu’il importe de redécouvrir, et cela réclame des efforts et beaucoup de curiosité. Fort heureusement, certaines éditions nous y aident. La révolution espagnole est riche de ces figures émouvantes et véritablement tragiques. Elles ressurgissent presque dans l’anonymat grâce à l’obstination de compagnons endossant l’habit d’historien. Elles ne sont devenues ni des mythes, ni des figures destinées à édifier les masses ou à sanctifier un parti ou une cause. Pourtant, leur vie est riche d’actions héroïques et porte la marque d’une fidélité à leurs idéaux politiques qui lui donne une dignité remarquable. De l’Aragon à la résistance, elles continuèrent leur combat, espérant pouvoir, un jour, réorganiser la résistance révolutionnaire en Espagne.
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Les mémoires de mon ami
(note de lecture parue dans Gavroche n° 156, octobre 2008)  | d’Octave Mirbeau Éditions L’Arbre vengeur, 2007, 150 pp., 11 € |
On n’en finira jamais de remettre à l’honneur le génie et la saine violence qui animent l’écriture d’Octave Mirbeau. Quand ce ne sont pas ses chroniques littéraires ou politiques qui sont republiées, c’est un roman méconnu qui resurgit et dont on ne peut interrompre la lecture, happé que l’on est par la force d’attraction de ce style dévastateur, énervé et sans concessions.
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Anthologie de Pierre Leroux
(note de lecture parue dans Gavroche n° 156, octobre 2008)  | Inventeur du socialisme Présentation de Bruno Viard Le bord de l’eau éditions, 2007, 472 p., 22 € |
Considérant Pierre Leroux (1797-1871) comme le plus méconnu des penseurs socialistes, Bruno Viard propose une présentation de son œuvre dans laquelle il insiste sur l’originalité de son socialisme, « républicain, libéral et “religieux” », difficilement audible durant un siècle et demi, en préambule de morceaux choisis dans l’ordre chronologique. Si l’on peut ne pas le suivre dans sa volonté d’en faire un auteur susceptible de répondre aux principales interrogations de l’homme d’aujourd’hui, il n’en reste pas moins que cette anthologie est utile pour mieux connaître et juger en connaissance de cause une œuvre immense et oubliée.
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Le linceul du vieux monde
(note de lecture parue dans Gavroche n° 156, octobre 2008)  | de Sébastien Rutès L’atinoir, 2008, 174 p., 12 € |
Ce court roman débute le 12 septembre 1899 autour du « fort Chabrol » – ce siège du journal antisémite et antidreyfusard de Jules Guérin, L’Antijuif, qui donnera une expression passée à la postérité – et se termine le 31 décembre 1900 alors que quelques anarchistes s’apprêtent à faire sauter la tour Eiffel pour symboliser l’écroulement du vieux monde avec l’entrée dans le nouveau siècle. Sur fond d’actualités d’époque, on y croise les protagonistes d’une affaire de mœurs visant des jeunes femmes piquées à l’entrejambe dans les tramways. On y assiste au déchaînement d’une grande presse toujours prête à stigmatiser ceux qui menacent l’ordre établi, surtout s’ils ne sont pour rien dans les désordres incriminés. On y voit une bourgeoisie décadente qui hésite entre l’abjection pure et simple et le grand guignol ridicule, mais prête à tout pour conserver ses privilèges. On sympathise avec de vieux anarchistes revenus de tout sauf de leur idéal et l’on découvre un Oscar Wilde plus vrai que nature dans son dernier exil parisien, loin de la geôle de Reading… Une lecture tout à fait adaptée à nos temps difficiles dans un début de siècle où, comme dans la fin d’un autre évoqué par l’auteur, la qualité la plus précieuse est sans doute de conserver, malgré tout, sa fidélité à des idéaux unanimement jugés comme dépassés.
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Mouvement ibérique de libération
(note de lecture parue dans Gavroche n° 156, octobre 2008)  | Mémoires de rebelles de Jean-Claude Duhourcq, Antoine Madrigal Éditions du CRAS, Toulouse, 2007, 382 p., 24 € |
Le 2 mars 1974, Salvador Puig Antich est assassiné dans des conditions atroces par le régime franquiste agonisant. Heinz Chez, de son vrai nom Georg Michael Welzel, connaît le même sort, quelques minutes plus tôt. Il avait fui la dictature de l’Allemagne de l’Est pour être exécuté par une autre dictature. Le 27 septembre 1975, José Luis Sanchez Bravo Sollas, Humberto Francisco Baena Alonso, Ramon Garcia Sanz, membres du FRAP (Front révolutionnaire antifasciste et patriote), Angel Otaegui Etxeberria et Juan Paredes Manot, membres de l’ETA, sont fusillés. |
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Introduction à l’économie politique
(note de lecture parue dans Gavroche n° 156, octobre 2008)  | de Rosa Luxemburg Smolny, 2008, 464 p., 17 € |
Le collectif Smolny s’attache à rendre disponibles les contributions essentielles, dans toute leur diversité et leur complexité, de l’histoire du mouvement ouvrier, notamment celles de la gauche communiste, souvent négligées par l’édition traditionnelle. En tournant volontiers son regard vers l’œuvre d’Anton Pannekoek, il donne le ton.
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