Une brève histoire de l’avenir (note de lecture parue dans Gavroche n° 152, octobre 2007) 
| de Jacques Attali Fayard, 20 €
| « La prévision est un art difficile, surtout lorsqu’il s’agit de dire l’avenir » a dit Alphonse Allais. Jacques Attali est un expert bien informé des affaires du monde. Il décrit d’abord, par extrapolation des tendances de l’actualité, un avenir possible mais inquiétant, dans lequel une pratique mondialisée de l’économie de marché serait la voie de la démocratie. C’est le discours habituel des défenseurs et des opérateurs bénéficiaires du néolibéralisme. On sait que le marché ne profite qu’aux plus puissants qui n’ont en aucun cas le souci de développer la démocratie génératrice d’équité et de considération des autres, surtout des exclus du festin.
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La Sœur de l’ange (note de lecture parue dans Gavroche n° 152, octobre 2007) 
| n°5, printemps 2007 Dossier « à quoi bon résister ? » Paris, Le Grand Souffle Éditions
| Le titre de la revue est improbable et celui du dossier peut induire en erreur : non pas l’inutilité de la résistance, mais plutôt les conditions auxquelles elle serait encore possible. On lira néanmoins avec intérêt ce patchwork de textes souvent inégaux qui mêlent classiques (Nietzsche, Shakespeare, Thoreau) et auteurs contemporains. Ainsi celui de la romancière Murielle Szac, « La petite du 4e, elle a peur de ne pas revenir », tiré d’un livre pour enfants qui aborde en termes justes et sobres les expulsions de familles étrangères qui se sont produites en 2005 à Paris et ailleurs, et continuent plus que jamais… |
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La destruction des Juifs d’Europe (note de lecture parue dans Gavroche n° 152, octobre 2007) 
| de Raul Hilberg Gallimard, Folio histoire, 3 volumes de 720 p., 894 p. et 832 p., prix global 30 €
| Les éditions Gallimard viennent de faire paraître l’édition « définitive » au format de poche, dans une nouvelle traduction en trois volumes, du très grand livre de l’historien américain Raul Hilberg décédé il y a quelques semaines, La destruction des Juifs d’Europe. Mise en chantier au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, cette œuvre est le résultat d’une vie entière de recherches, de travail et de réflexion. Le livre est une véritable radiographie de la machine nazie (État, administration, armée) et du processus génocidaire mis en place recherchant l’extermination de tous les Juifs d’Europe. L’ouvrage totalise trois volumes en 2 402 pages. Une précédente édition était parue en 1991 dans la même collection, en deux volumes de 1 098 pages. La différence vient de l’exploitation par l’auteur d’archives de l’ex-bloc soviétique. Dans une conférence au centre Pompidou de septembre 2006, diffusée sur France Culture le 7 janvier 2007, Hilberg a expliqué qu’il ne s’attendait pas à trouver un matériel aussi abondant et d’un contenu aussi important. C’est ainsi qu’il a pu retrouver une ample documentation relative au sort de son propre père ! Il explique par exemple, pourquoi en 1942, les nazis qui cherchaient à extraire le maximum de céréales en Ukraine, se sont inquiétés en constatant une baisse significative des livraisons. La raison ? Les paysans gardaient les récoltes pour faire de la vodka et se soûler, en raison du massacre des Juifs… par horreur, par complicité ou crainte que leur propre tour ne vienne ! Pierre-Henri ZAIDMAN |
Censure et caricatures
(note de lecture parue dans Gavroche n° 151, juillet 2007) 
| Les images interdites et de combat de l’histoire de la presse en France et dans le monde de Jean-Michel Renault, Paris, Pat à Pan, 2006 234 p., 35 €
| Depuis l’affaire des caricatures de Mahomet et ses conséquences en termes de censure et d’autocensure, on peut légitimement se demander si Anastasie, la vieille concierge aux ongles crochus et à l’immense paire de ciseaux croquée par André Gill au XIXe siècle, n’est pas de retour. Jean-Michel Renault, profondément outré par la résurgence de l’obscurantisme en matière de pensée et d’image, relève un défi impressionnant : constituer une sorte de catalogue des images (surtout satiriques) ayant subi les affres de la censure depuis… l’Ancien Testament ! Des morceaux de draps couvrant les nudités du Jugement dernier de Michel Ange aux caricatures publiées par le Jyllands-Posten puis France Soir et Charlie Hebdo en passant par la bande dessinée, J.M. Renault stigmatise les « pressions de tous les intégrismes religieux » et la « dictature du bien-pensant ».
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Socialisme ou barbarie
(note de lecture parue dans Gavroche n° 151, juillet 2007) 
| Anthologie Paris, Éditions Acratie, 343 p., 27 €
| Dans la décennie qui précéda Mai 1968, l’influence de groupes tels que Socialisme ou barbarie, l’Internationale situationniste, et dans une moindre mesure Informations et correspondance fut importante. Ces courants d’idées ne compteront pour rien dans la rupture qu’une partie de la jeunesse fit avec le léninisme, y compris sous sa forme trotskiste. Elle avait été écœurée par le soutien aveugle apporté aux bureaucraties staliniennes des pays de l’Est par le Parti communiste français. Les révoltes ouvrières à Berlin, en Hongrie et en Pologne, de 1953 à 1956, avaient en effet conduit nombre de militants à prendre leurs distances avec des pratiques qui leur apparaissaient enfin comme totalitaires. |
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Dissidences 2
(note de lecture parue dans Gavroche n° 151, juillet 2007) 
| Daniel Guérin Révolutionnaire en mouvement(s) L’Harmattan, 2007, 218 p., 19,50 €
| La revue Dissidences fut lancée en 1998. Onze numéros simples et deux numéros doubles, de facture plutôt artisanale, ont été édités avant qu’elle ne devienne une revue universitaire à l’ambition affichée. On y trouvait des informations précieuses sur les publications, les mémoires de maîtrise, les thèses, et, d’une façon générale, on avait accès à un état de la recherche portant sur l’étude des mouvements révolutionnaires dont le caractère exhaustif était unique en son genre. Désormais les rubriques traditionnelles qui constituaient sa richesse propre comme, par exemple, « état de la recherche », « notes de lecture » et « revue des revues » sont uniquement disponibles sur son site Internet ( www.dissidences.net). On y trouvera aussi des informations précieuses sur l’agenda des colloques et des séminaires. Avis aux amateurs. |
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Les oubliés du shtetl
(note de lecture parue dans Gavroche n° 151, juillet 2007) 
| d’Isaac Leib Peretz Préface de Jean Malaurie, traduction et notes de Nathan Weinstock Plon, collection Terres humaines, 2007, 400 p., 25,90 €
| Isaac Leib Peretz (1851-1915), avec Isaac Bashevis Singer (1904-1991), Israel Joshua Singer (1893-1944), Sholem Aleikhem (1859-1916) et David Pinski (1872-1959), est un des plus grands écrivains modernes de langue yiddish. À partir de 1890, sur proposition du richissime Jan Gottlieb (Bogumil) Bloch – dit Jean de Bloch – « qui entend démontrer […] à quel point le reproche de parasitisme adressé aux Juifs est infondé », il entreprend une enquête sur les conditions de vie de ses contemporains habitant cette terre du yiddish éradiquée depuis par la barbarie nazie. En cette fin du XIXe siècle, de nombreux cercles et groupes y bouillonnent, traversés par des combats d’idées et des débats, dans une vitalité d’écrits multiples et de paroles. Les fils et filles des « Lumières » ou « Haskala », Juifs athées s’exprimant en yiddish, la langue du peuple, s’opposent vigoureusement aux rabbins orthodoxes discourant en hébreu, la langue sacrée, et évitent soigneusement de fréquenter les cours des écoles hassidiques où l’on se querelle sur l’interprétation de la Torah. |
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Le parler populaire de Jehan Rictus
(note de lecture parue dans Gavroche n° 151, juillet 2007) 
| Les soliloques du pauvre de Jehan Rictus Éditions Blusson 160 p., 16 €
...Le Cœur populaire de Jehan Rictus Éditions Blusson 160 p., 16 €
| Les éditions Blusson font œuvre de salubrité publique en publiant des textes de Jehan Rictus. Il fallait en effet la patience et l’obstination du passionné pour se procurer Les Soliloques du pauvre illustrés par A. Steinlen, édités dans la collection Les Introuvables chez L’Harmattan en 1994. La lecture de ces deux textes est donc l’occasion de se replonger dans une époque et son phrasé, dans un temps où l’écriture exprimait le social comme il se vivait, de front et dans toute sa rugosité. Dans ses poèmes, Jehan Rictus emploie un langage populaire parlé, âpre et chantant, où le son des mots brutalise une diction surgie des ruelles et des bouges du Paris des pauvres. |
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Cahiers Charles Fourier
(note de lecture parue dans Gavroche n° 151, juillet 2007) La dernière livraison de l’association d’études fouriéristes propose cinq articles autour de la postérité de l’œuvre de Charles Fourier et des fouriéristes. Tout d’abord, Florea Ioncioaia propose la première partie d’une étude sur les traces du fouriérisme en Roumanie où elle insiste sur le rôle de Théodore Diamant dans la diffusion du projet sociétaire et les multiples facettes de la réception de cette œuvre dans les Principautés roumaines, allant d’un registre humanitariste et technique à des rêveries parfois délirantes en passant par une idéologie molle du changement pacifique. Ensuite, Catherine Durieux interroge la figure méconnue de la fouriériste américaine Marie Howland qui entreprend de faire connaître le fouriérisme pratiqué de Jean-Baptiste Godin aux États-Unis dans le seul roman américain de cette inspiration à connaître un certain succès. |
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Le vent qui souffle dans la boîte
(note de lecture parue dans Gavroche n° 151, juillet 2007) 
| de Guy Robert L’Harmattan 259 p., 23 €
| L’auteur fut un de ces coopérants qui ont apporté leur assistance aux pays africains au lendemain de l’indépendance que leur avait accordée en 1960 le gouvernement de la Ve République. La France entretenait depuis 1931 une structure radiophonique modeste qui devait assurer le lien entre la métropole et les colonies, ou plus exactement les coloniaux, exilés isolés. Dans les dernières années de la IVe République, un « service de la radiodiffusion de la France d’outre-mer » fut créé afin d’organiser la radiodiffusion dans les territoires coloniaux de l’ancien « Empire français » devenu « Union française ». Les responsabilités pratiques furent confiées, en 1955, à la Société de radiodiffusion de la France d’outre-mer (SORAFOM). Les conseillers français et les futurs techniciens et animateurs purent ainsi se former dans un studio-école avant d’être affectés dans les divers territoires africains. Guy Robert, envoyé en mission dans plusieurs de ces pays, raconte comment il arriva dans des fiefs anciennement assurés dont les titulaires souhaitaient conserver leur position coloniale passée. Il parviendra toutefois à réaliser l’objectif de sa mission : donner la parole radiophonique aux gens du pays. Ce parcours et quelques autres, en particulier à Radio France Internationale en charge des émissions vers l’étranger, sont pour l’auteur l’occasion de nous livrer, dans le bonheur de l’écriture, quelques portraits des anciens coloniaux mais aussi des petits marquis qui occupent les allées du pouvoir depuis quatre décennies. Leur rhétorique brillante ne parvient pas toujours à dissimuler leur incompétence dans des domaines aussi spécialisés que la communication radiophonique. Jean-Jacques LEDOS |
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